© Jean-Luc Cramatte

Photo de la dernière série envoyée par Jean-Luc Cramatte du Rwanda:
27 avril 2004 - Grand rassemblement sur la place du village de Segiteri Rubengera. Un accusé avance devant l’assemblée réunie en « gacaca ».

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Rwanda 1994-2004 "le sens de la commémoration"

Quel est le sens d'une commémoration, pourquoi commémorer le génocide des Tutsis du Rwanda et des Hutus modérés ? Pourquoi ? La simplicité de cette dernière question revient dans les témoignages des survivants de génocide, catastrophe absolue "en humanité". Pourquoi moi ? Pourquoi être tué par simple fait d'appartenir à une ethnie, à un groupe religieux, en raison de son faciès ou de son appartenance culturelle ? Et pourquoi parler dix ans après, pendant un mois, sur les ondes de la RSR du génocide rwandais ?

La Grande guerre de 1914-1918, et le génocide arménien de 1915 ouvrent sinistrement l'histoire du vingtième siècle. Après la Shoah, le Cambodge et les génocides qui n'ont pas encore dit leur nom, le 6 avril 1994 marque le retour de l'horreur avec le génocide rwandais, un retour qui semble nier le travail de mémoire, le "plus jamais ça" énoncé après chacun de ces "événements".

Si la Radio Suisse Romande, service public, consacre plus d'un mois à cette commémoration "se souvenir ensemble", c'est qu'elle veut prendre le temps de comprendre, d'écouter et de faire écouter. Elle est seule à pouvoir diffuser quotidiennement l'intégralité du grand procès exemplaire de Bruxelles en 2001 qui jugeait cinq personnes accusées de génocide au Rwanda. Ce procès est un fond indispensable de faits et de témoignages qu'on a trop vite voulu oublier ou nier, base de réflexion à cette vaste entreprise de mémoire qu'est cette commémoration. Le témoignage, depuis la Shoah, prend valeur de document; énoncé de l'inimaginable il permet le travail de reconstruction et rend possible par la concertation des témoignages, la recherche de traces, la constitution de preuves indiscutables. Cette prise de conscience de ce qui a été vécu, est le préalable incontournable de la réconciliation et de la paix.

Fuir, se réfugier: des millions de Rwandais l'ont vécu. Et aucun n'échappe à son passé...[keystone]
Outre la diffusion du procès, les principales émissions de ce projet, décliné principalement sur Espace 2 et sur La 1ère, reviendront sur l'histoire culturelle et politique de la région des Grands Lacs, donneront à entendre les grands témoins de ce drame (comme le Général Roméo Dallaire, et Jean Hatzfeld) et les voix des survivants rencontrés lors d'un voyage-reportage au Rwanda, au coeur même de cette commémoration. Ces émissions s'interrogeront enfin sur les particularités du génocide rwandais et de la culture de ce pays "l'un des plus christianisés d'Afrique". Histoire, géopolitique, littérature, cinéma, théâtre, sciences humaines, théologie, musiques, droit ou ethnologie, aucune discipline n'est écartée pour effectuer ce retour de mémoire et de réflexion, cette possibilité d'approfondissement que permet la distance relative aux événements.

Sur un mois, le savoir-faire et la diversité des émissions et des collaborateurs de la RSR s'engagent à se souvenir, à donner à tous les moyens de ne pas oublier, à entendre des témoignages de première main, en Suisse, en France et au Rwanda.

David Collin, chef de projet RSR

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